Une divine comédie au Français

Denis Kataev
Denis Kataev
August 8, 2026
•
4
minutes de lecture
Coulisses d’un théâtre : projecteur, échelle et rideau bleu devant une salle vide.

Paris, Palais-Royal, août 2026.

Un vrai plaisir : une comédie sur le premier théâtre dramatique de France, la Comédie-Française.

Pas un film sur le théâtre, pas un hommage empesé, mais plutôt un sketch léger inspiré par ses murs et ses comédiens. Le titre le dit : De la Comédie-Française. Un cas de la vie des Français.

On entre littéralement dans les coulisses de la salle Richelieu, le théâtre historique du Palais-Royal, et l’on découvre comment se préparent réellement les spectacles, dans quelle agitation. Les travaux, toujours en cours, ont rendu cela possible. On traverse l’espace historique, de l’entrée à la scène, loges et ateliers inclus ; la caméra court derrière les comédiens et révèle chaque recoin, jusqu’alors fermé au public.

La règle des trois unités

La scène est vraie, les comédiens sont vrais — ce sont les stars de la troupe : Pauline Clément, Laurent Stocker, Julien Frison, Marina Hands, Danièle Lebrun et bien d’autres. Pourtant, l’histoire est une pure fiction, et le théâtre n’y est pour rien, comme le précisent les crédits. Cette fresque vive et follement drôle, où l’on reconnaît les visages des affiches, est signée par deux jeunes réalisateurs-acteurs sans complexe, Martin Darondeau et Bertrand Usclat, que la France connaît grâce aux séries et aux comédies.

L’histoire est enlevée, comme il se doit dans la maison de Molière, et construite sur la règle classique des trois unités. Il ne reste que trois heures avant la première de Macbeth, à laquelle doit assister la ministre de la Culture. Les dernières répétitions tournent au chaos : un parcours d’obstacles fait de facteurs humains, de hasards et de pannes. Tout commence quand Nina, comédienne et metteuse en scène débutante, oublie son badge. L’agent de sécurité, joué par Guillaume Gallienne, la refoule alors, dans un strict respect de la bureaucratie française. Décorateurs, costumiers, éclairagistes, maquilleurs : tous ont les visages emblématiques du théâtre.

Une « italienne » qui tourne mal

Et c’est parti : Lady Macbeth est bloquée à Brest, la doyenne de la troupe a fumé « son propre joint » jusqu’à l’extase, un jeune comédien fait des caprices et refuse de porter du vert, la lumière ne se règle pas à cause d’un scénographe trop créatif et trop bavard, et, pour finir, un adultère rend fou le premier rôle. On apprend au passage qu’une répétition en tête-à-tête s’appelle tendrement une « italienne ». Ici, à la place de l’italienne, c’est l’adultère qui change le cours des choses.

La troupe joue avec une autodérision totale. Elle se moque de son statut de demi-dieux vivant dans un monde à part, avec ses règles, dont la première : le spectacle doit continuer, quoi qu’il arrive, même si quelque chose tombe du plafond et que le sol se dérobe. Tout le monde s’en donne à cœur joie et expose les faiblesses humaines, façon Molière. Et si ça ne va plus, le génie des lieux intervient en tant que psychologue : Molière lui-même, badge autour du cou, interprété avec brio et humour par Benjamin Lavernhe, l’un des comédiens phares de la saison, celui du Cid à guichets fermés.

Ce qu’il y a sous l’emballage

Sous la gaieté, des messages qui comptent. Comme le souligne Le Monde, les personnages féminins passent au premier plan, en particulier Nina, la metteuse en scène, qui affronte pendant cette répétition la difficulté de concilier maternité et métier, dans les deux registres, comique et dramatique. Le tout est traité sans insistance, sans pathos, en arrière-plan, sans détourner l’attention de l’intrigue.

Un film spirituel et fin, qui a comblé le vide laissé par le théâtre absent de l’été. Une divine comédie, à mes yeux. J’aimerais voir plus de films ironiques comme celui-ci sur les grandes institutions, observées du côté qui n’est pas celui de la parade.

Denis Kataev
Denis Kataev
Fondateur du Pont Neuf
Noir sur blanc

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