Onze mille personnes en blanc devant le Petit Palais

Denis Kataev
Denis Kataev
June 20, 2026
•
4
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Tables blanches dressées devant le Petit Palais, avant l’arrivée des convives.

Paris, jardins du Petit Palais, juin 2026.

L’été n’arrive à Paris que demain, l’été du calendrier. En attendant, c’est la deuxième vague de canicule, et ceux qui n’ont pas eu le temps de partir se rafraîchir en Normandie s’amusent tant bien que mal. Demain, la Fête de la Musique transformera la ville en une seule scène ; on dansera jusqu’à l’Assemblée nationale et, bien sûr, au canal Saint-Martin, où l’on saute désormais à l’eau tout à fait légalement.

Moi, après Évian, je suis allé à une autre fête d’été, où l’on ne vient qu’en blanc. Le Dîner en Blanc est un événement urbain, presque spontané, un étonnant exercice d’auto-organisation. Plus de dix mille personnes reçoivent une invitation par connaissance, n’apprennent le lieu approximatif que quelques heures avant, et tout le monde garde le secret jusqu’au bout. Nous avons su où aller exactement dix minutes avant que les tables ne se déplient. Cette année, c’était l’esplanade et le jardin devant le Petit Palais, face à l’entrée, des Champs-Élysées jusqu’à la statue de Churchill, du côté du pont Alexandre-III.

Pas de serveurs, un code

Chaque convive apporte tout : le vin, de préférence du champagne, mais aussi sa table et ses chaises de pique-nique, ses sacs-poubelle et le reste. Il n’y a ni serveurs ni personnel, tout repose sur l’entraide et la confiance. Il existe même un code de conduite, qui rappelle le règlement d’un pensionnat de jeunes filles. C’est un jeu qu’il faut accepter, pour ne pas s’énerver ensuite. Avec des amis, j’ai poussé un chariot entier pour une grande tablée, comme le recommandent les organisateurs. Les tables et les chaises, tout le monde les avait achetées à l’avance dans les Decathlon du coin. La nourriture n’a pas à être blanche, mais le vin rouge, hélas pour moi, n’entrait pas dans le concept. La préparation est un parcours pour gens solides. Ça en vaut la peine. Quelques règles de ce dîner :

  • Retenue, raffinement, élégance et souci du détail : tenue entièrement blanche, de la tête aux pieds, chaussures, manteau et imperméable compris. Crème, beige et écru sont déconseillés.
  • Le convive tient parole, arrive à l’heure, suit les consignes, tient sa table et participe au nettoyage.
  • Sur la table : nappe blanche, assiettes blanches, verres à pied transparents, couverts en métal, un vase.
  • Le secret entretient la magie. Il ne doit jamais servir à contourner les mesures de sécurité ni à gêner les autres.
Denis Kataev au Dîner en Blanc, champagne et drapeau tricolore
Denis Kataev au Dîner en Blanc, devant le Petit Palais. Photo : archives de l’auteur

L’accord tacite de la préfecture

Tout cela se passe, en général, avec le consentement silencieux de la préfecture de police. Les organisateurs n’obtiennent aucune autorisation officielle, mais tout le monde est au courant, à une condition : la propreté absolue à la fin. Il faut aussi obéir à la police et aux pompiers ; nous nous sommes ainsi installés sur la pelouse, pour libérer l’accès des secours. Notre dîner a réuni environ 11 000 convives. Pour y participer, il faut être invité par un membre actif qui se porte garant, ou s’inscrire sur liste d’attente.

Fondé en 1988 par l’entrepreneur François Pasquier, ce dîner est devenu l’un des rendez-vous les plus attendus de l’année. Il y a trente-huit ans, quelque 200 personnes ont décidé de dîner en plein air au parc de Bagatelle, pour profiter de l’un des plus beaux endroits de Paris. Le blanc devait les distinguer des passants. Le succès ne s’est jamais démenti, au point qu’il a fallu déposer le concept. Une trentaine de villes l’ont repris, comme Barcelone, Sydney, Chicago, Mexico et bien d’autres.

Denis Kataev
Denis Kataev
Fondateur du Pont Neuf
Noir sur blanc

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