Paris, place du Panthéon, 23 juin 2026.
Une nouvelle fois, je me tiens devant la colonnade. Un autre héros républicain vient prendre sa place parmi les grands hommes : Marc Bloch. Son nom parle moins au grand public que celui de Robert Badinter, entré ici après avoir aboli la peine de mort. Pourtant, il aurait dû résonner sous cette coupole depuis longtemps, et avec lui, celui de son épouse, Simone Vidal, qui entre aujourd’hui à ses côtés.
Historien, ancien combattant des deux guerres mondiales, défenseur des valeurs républicaines et l’un des chefs de la Résistance à Lyon, Marc Bloch incarne le symbole même de la résistance morale d’une nation.

L’homme de « L’Étrange Défaite »
Bloch a fondé l’école des Annales, qui a révolutionné la conception même de la science historique. Il est aussi l’auteur d’un texte à la fois honnête et dérangeant pour beaucoup : « L’Étrange Défaite », écrit en pleine Occupation, sur l’effondrement de 1940. À la fois témoin et analyste, il y démonte les causes intérieures de la collaboration et du régime de Vichy, dont il deviendra lui-même la victime — parce que juif.
C’est le témoignage d’un homme qui aimait la France au point de ne pouvoir se taire. Un homme qui avait compris la maladie de son temps au moment même où elle se manifestait.
Verdun, Lyon, 16 juin 1944
Il s’est battu sur les fronts de la Première Guerre mondiale, à Verdun. En 1943, il devient l’un des dirigeants de la Résistance à Lyon. Le 16 juin 1944, comme Jean Moulin avant lui, il est arrêté, torturé, puis fusillé par les nazis. Jusqu’à son dernier souffle, il a continué d’enseigner l’histoire de France aux autres détenus.
Emmanuel Macron l’a plusieurs fois cité comme son repère intellectuel. À l’université de Strasbourg, il déclarait : « Parmi ces gardiens de l’esprit, ces braves de l’armée des ombres, il y a Marc Bloch. Sa lucidité, son courage font de lui l’incarnation même de la volonté française. » Ce soir, devant les deux cercueils portés dans la nef, le président a repris cette idée : Marc Bloch est pour nous « un testament éternel et une boussole », et ses leçons « nous obligent à lutter contre l’esprit de défaite ».

Ce que dit une panthéonisation
Marc Bloch, c’est le refus du nazisme et du fascisme sous toutes leurs formes. C’est aussi le refus du mensonge, de l’injustice, de la lâcheté intellectuelle. Sa méthode, celle qui unit la France et l’histoire, la République et la science, le pouvoir et la raison, reste, selon Macron, le meilleur antidote aux poisons de l’histoire révisionniste.
Une panthéonisation, c’est un hommage. C’est aussi un rappel de ce que la France doit être : libre, critique, fidèle à ses idéaux. À un an de l’élection présidentielle, c’est enfin un message adressé à l’avenir.
Ne pas oublier. Ne pas recommencer.
Vive Marc Bloch, vive la République, vive la France !
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