Paris, 17 août 2026.
Août vaut bien une messe. C’est le mois sacré, le seul où la France semble mise sur pause. Les touristes remplacent les Parisiens, et les Parisiens, eux, descendent vers le sud, vers la Corse, comme Raphaël Glucksmann et sa compagne, la journaliste Léa Salamé. Les chaînes de télévision et les radios modifient leurs grilles, les émissions habituelles disparaissent. D’où vient cette tradition ?
Il n’en a pas toujours été ainsi. On oublie souvent que les vacances ne sont pas un droit naturel, donné par la nature. C’est un contrat social, comme chez Rousseau.

Des fonctionnaires aux ouvriers d’Alsace
La première mesure au monde instaurant des congés a été prise en France, sous Napoléon III, mais elle ne concernait que les fonctionnaires. Les aristocrates, eux, pouvaient s’offrir repos et voyages, à leurs frais et selon leur bon plaisir. Ce sont eux qui ont façonné l’image de la Côte d’Azur.
Le droit universel au repos payé reste une conquête du XXᵉ siècle. L’idée émerge en France dans les années 1920. Inspirés par l’exemple allemand, des patrons lancent leurs propres initiatives. Avant même toute loi, au début des années 1930, deux tiers des ouvriers d’Alsace bénéficient déjà de congés payés.

1936, les grèves joyeuses
Avec l’arrivée au pouvoir du Front populaire de Léon Blum, en 1936, éclatent dans tout le pays les « grèves joyeuses » : près de deux millions d’ouvriers occupent pacifiquement usines et ateliers et arrêtent presque toute la production. Ces grèves, qui paralysent le pays, mènent à des négociations avec le patronat sous l’œil du nouveau gouvernement. Elles aboutissent aux accords Matignon. L’un de leurs résultats : le droit, pour tous, à deux semaines de congés payés.
Les ouvriers partent, joyeusement et désormais légalement, vers les plages de la Manche, de l’Atlantique et de la Côte d’Azur, jusque-là réservées aux privilégiés. Des millions de familles ouvrières voient la mer ou la montagne pour la première fois. Apparaissent alors les trains de plaisir, à tarif réduit.
Avec le temps, s’installe la tradition du grand départ d’août, en raison du caractère saisonnier de la production et des vacances scolaires. Puis vient la fermeture annuelle : des entreprises et des boutiques fermées tout le mois, et un Paris qui se vide.
Les vacanciers portaient alors des maillots noirs, qui les distinguaient des tenues claires des citoyens plus aisés. Ceux-ci s’irritaient souvent de l’afflux du prolétariat et de la « bolchevisation des plages ». Les beach clubs n’avaient pas encore été inventés.
Vingt ans plus tard, en 1956, une troisième semaine s’ajoute aux deux premières ; après 1968, une quatrième ; en 1982, sous Mitterrand, les Français obtiennent leur cinquième semaine.

Qui part, aujourd’hui ?
La part des Français qui partent en vacances reste autour de 60 %, mais les écarts sont grands : environ 80 % des plus aisés partent, contre moins de la moitié des ménages aux revenus les plus bas. D’autres, comme les agriculteurs, manquent de temps et d’argent. Cette année, les incendies ont privé beaucoup de gens de leurs congés.
Le temps libre est devenu une industrie lourde et rentable : le tourisme pèse près de 8 % du PIB français. Des associations aident les foyers modestes à partir malgré tout une semaine ou deux, avec tous les autres.
Les vacances d’été, en France, restent une chose commune et populaire, qui réunit tout le monde. Un vrai front populaire des congés.

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