Palais Bourbon, 23 juin 2026.
Les députés examinent aujourd’hui le projet de loi constitutionnelle qui accorde à la Corse un statut particulier au sein de la République. C’est exactement ce que j’avais prédit dans ma thèse, il y a quinze ans. Je suis le vote.
Après des décennies d’affrontements sanglants avec l’État, l’île de Beauté n’a jamais été aussi proche de l’autonomie que celle qu’Emmanuel Macron lui a promise en 2023. La dissolution de 2024 et la valse des gouvernements ont retardé l’échéance, mais les élus locaux n’ont pas lâché prise.
D’où vient le dernier cycle
Tout commence en 2022, avec les émeutes qui suivent la mort en prison d’Yvan Colonna, le nationaliste corse qui purgeait une peine à perpétuité pour l’assassinat du préfet Claude Érignac en 1998. La flambée de violence nationaliste a forcé l’État à agir.
Les Corses réclament la reconnaissance de leur peuple, de leur langue, d’un droit sur leur terre, de leurs traditions, ainsi qu’un statut insulaire comparable à celui d’autres îles voisines dans d’autres pays. Voilà le nœud du problème : la France est un État unitaire, avec une seule communauté nationale — les Français. Bretons, Basques, Alsaciens ou Corses sont d’abord des Français.
L’autodétermination corse va donc à l’encontre de l’unification nationale. C’est un précédent historique. Pourtant, le pouvoir a compris que la situation s’envenimait et que, pour maintenir la Corse dans la République, il fallait faire des concessions aux forces locales. Depuis son rattachement à la France, la Corse a toujours bénéficié d’un statut d’exception. Son isolement s’explique par l’île elle-même, ses traditions conservatrices et son organisation archaïque. J’écrivais alors que la société française avait devant elle « un problème né du caractère multiculturel de son territoire et de la nécessité de trouver des compromis pour apaiser les tensions créées par l’impératif de maintenir l’unité territoriale ».
Ce que dit le texte
Après plusieurs amendements, le statut d’autonomie prend en compte « les intérêts propres liés aux caractéristiques d’une île méditerranéenne, à une communauté historique, linguistique et culturelle ayant développé un lien singulier avec la terre corse ». La formule est alambiquée, mais elle introduit le mot « communauté » sans que la Bretagne, l’Alsace ou le Pays basque puissent s’en prévaloir demain. À l’origine, on voulait écrire « peuple corse ». C’était trop pour l’architecture constitutionnelle de la France. Le compromis se situe donc entre l’égalité absolue devant la loi et le respect des aspirations d’un territoire.
La langue corse obtiendra un statut particulier, y compris à l’école. Les résidents de l’île bénéficieront de droits spécifiques sur l’immobilier, alors que continentaux et étrangers l’achètent massivement. L’Assemblée de Corse pourra adapter les lois nationales et édicter ses propres normes dans ses domaines de compétence. Le gouvernement cite l’aménagement du territoire, le tourisme, le développement économique… La liste exacte sera précisée par une loi organique. Les pouvoirs régaliens, eux, restent à l’État : sécurité, défense, justice, monnaie, politique étrangère et droit électoral. Une autonomie sans précédent, mais encadrée.
271 voix contre 202
Dans l’hémicycle, on entend : « La République est forte de sa diversité. La Corse n’est pas une région comme les autres. » Seul le Rassemblement national s’y oppose, en renvoyant le sujet après la présidentielle. Même La France insoumise vote pour. Le résultat tombe en fin d’après-midi : 271 voix pour, 202 contre.
Le texte part maintenant au Sénat, puis devra être approuvé par le Congrès à Versailles. Rien n’est encore acquis. Mais pour l’île, c’est une première victoire, et le premier pas d’une longue marche.
E moie felicitazioni !
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