Paris, 25 juin 2026.
Pour comprendre l’antiaméricanisme français, et même la polémique actuelle entre Emmanuel Macron et Donald Trump sur des questions de principe, il faut voir la deuxième partie de la grande fresque sur de Gaulle, dont le premier volet avait été présenté à Cannes.
Le titre du second volet d’Antonin Baudry, « J’écris ton nom », est un vers de « Liberté », le poème que Paul Éluard a écrit en 1942, sous l’Occupation. L’auteur y écrit le nom de la liberté partout : sur les cahiers d’écolier, les arbres, le sable, la neige, les pages, les pierres, les armes, la nature… La mission de de Gaulle était identique : l’indépendance et la liberté de la France. Et pas seulement face aux occupants nazis.
Des dollars « français »
Le film couvre les années 1943–1944, jusqu’à la Libération de Paris, et trouve de l’héroïsme dans cette période honteuse de l’Occupation. Il en parle simplement, sans pathos, comme cela s’est passé. Sauf que les ennemis de cette liberté sont ici des alliés, avec lesquels on est censé partager les mêmes valeurs.
Outre le Débarquement, Franklin Roosevelt travaillait à un plan de réorganisation de l’Europe d’après-guerre sous l’égide des États-Unis, où la France aurait pu devenir, en réalité, un nouvel État de l’Union. Le film montre très bien les Américains préparant de nouveaux dollars « français » et leurs propres « représentants » pour les départements. De Gaulle fut le seul à s’y opposer fermement.
La Maison-Blanche mise donc sur un antagoniste plus arrangeant et plus loyal : le général Giraud, ancien collaborateur, partisan de Vichy, devenu haut-commissaire en Afrique française après la prise d’Alger par les Américains.

De Gaulle, Churchill, Leclerc
Mais de Gaulle refuse toute soumission. Sa bataille est contre le général Giraud autant que contre l’expansion américaine. Un seul semble le comprendre : Winston Churchill, qui éprouve une affection sincère pour lui. Ces épisodes de respect mutuel entre deux hommes que rien ne plie sont un plaisir à part dans le film. De Gaulle finit par arracher l’indépendance vis-à-vis des États-Unis, mais l’amertume, elle, est restée.
Le héros n’est pas seulement de Gaulle. C’est Jean Moulin, ce sont les résistants ordinaires, ses soutiens et la voix du peuple sur la scène internationale. C’est aussi le général Leclerc, dans l’interprétation saisissante de Niels Schneider. Ce grand soldat et sa division ont forcé la libération de Paris face au général Eisenhower, prouvant, eux aussi, l’indépendance de la France face aux États-Unis.

Jusqu’au bout
Au fond, ce film raconte encore pourquoi la France est, aujourd’hui encore, aussi indépendante et aussi libre. Même pendant cette guerre atroce et l’Occupation, il y avait ici des gens qui s’y opposaient organiquement, jusqu’au bout. La France était alors non seulement contre le nazisme, mais aussi seule face à elle-même. Et de Gaulle et les siens ne gagnaient pas toujours.
Le général Montgomery remarque fort à propos dans le film : « Aujourd’hui, être français, c’est compliqué. » Être un homme libre, c’est tout aussi compliqué. Mais c’est bien la France libre qui a gagné.
Post-scriptum de septembre
Cet été, les cinémas ont été les grands gagnants de la canicule : en juillet, 17,53 millions d’entrées, soit une hausse de 22,6 % par rapport à l’an dernier. Et le succès inattendu est national : les deux volets sur de Gaulle ont réuni plus de cinq millions de spectateurs en France. On y allait en famille, les salles étaient pleines pendant des semaines. Moi-même, j’y ai appris beaucoup sur cette période. Tous les enfants et tous les francophiles devraient y aller.
À lire aussi
Recevoir la lettre du Pont Neuf
Un nouveau texte, une nouvelle vidéo, les premières images du film : la lettre part quand il y a quelque chose à montrer. Gratuite, sans publicité ; désabonnement en un clic.















