Le meilleur musée du monde tient sur une île

Denis Kataev
Denis Kataev
August 3, 2026
•
4
minutes de lecture
Terrasse de pierre de la Fondation Carmignac, ouverte sur les pins et la mer.

Porquerolles, août 2026.

J’ai trouvé le meilleur musée du monde. Ou du moins, le plus étrange. Qu’il ne le soit que pour moi, que les critiques ne soient pas d’accord, peu importe : je l’ai choisi comme ma madeleine de Proust. C’est la Fondation Carmignac, sur l’île de France que je préfère désormais, Porquerolles, dont j’ai déjà envie d’écrire un livre.

Quelque part au cœur de l’île, entre bambous, faisans, cyprès et vignes, se cache cet espace où chaque angle réserve une surprise. Une fontaine de poissons, des transats face à des monstres marins, ou, au fond du jardin, un film entier de Todd Haynes sur Bob Dylan, avec Cate Blanchett dans le rôle principal.

Un nid géant, sculpture dans le parc de la Villa Carmignac
Le nid géant, dans le parc de la Villa Carmignac. Photo : Denis Kataev

Une demi-journée loin des vélos

Voici la Fondation : une oasis d’art sur une île touristique que des visiteurs du monde entier prennent d’assaut chaque jour, de mai à septembre. Si l’on s’échappe du programme obligatoire — plages et vélos —, il faut y passer une demi-journée.

Le lieu a ouvert en 2018 sur le site de l’ancienne Villa Carmignac et s’intègre parfaitement dans le paysage. Le bâtiment se fond dans l’écosystème protégé de l’île, et chaque année, les commissaires transforment le visage du musée selon leur propre concept. Ils ont carte blanche. L’an dernier, l’exposition s’enfonçait dans la colline. Cette année, « SEA, POP & SUN », consacrée au pop art, vit davantage grâce à la lumière naturelle des fenêtres et pose des questions essentielles.

La salle jaune de la Villa Carmignac
La salle jaune de la Villa Carmignac. Photo : Denis Kataev
La terrasse de la villa, ouverte sur les pins
La terrasse de la villa, ouverte sur les pins. Photo : Denis Kataev

Le Sud en carte postale, et l’envers

Le Sud de la France en été, c’est le yacht, la voile et nous deux… Des clichés en série. Pourtant, c’est justement ici que Dieter Buchhart et Anna Karina Hofbauer, deux commissaires passés par la Fondation Louis Vuitton, trouvent quelque chose de neuf dans les couleurs associées aux héros du pop art, de Warhol à Lichtenstein, ou à la rebelle française Niki de Saint Phalle, celle de la fontaine Stravinsky, à côté de Beaubourg.

Sur cette île, tout change de perspective, car la pression touristique et la consommation effrénée laissent des traces. L’hédonisme sans limites et le consumérisme, surtout dans des lieux de vacances aujourd’hui saturés et fragiles, se heurtent à leurs propres conséquences. Ils ne semblent plus aussi joyeux que le pop art lui-même. Ici, l’idylle est apparente, mais chaque jour, l’île souffre de son Mal de terre — titre d’un livre qui lui est consacré, jeu de mots sur le mal de mer. C’est l’histoire d’une lutte pour le territoire et d’une quête de sens en pleine crise écologique. Tel est le sujet de l’exposition de cette année : la consommation responsable, et surtout le sentiment d’être acteur de ce que l’on regarde, de ce que l’on admire. Un rappel juste et nécessaire, surtout face à une beauté aussi grande que celle de ces terres de terre cuite. Il faut comprendre que cette beauté est fragile et qu’il faut la préserver.

Une baigneuse peinte, devant la salle jaune
Une baigneuse peinte, devant la salle jaune. Photo : Denis Kataev
Des miroirs plantés dans les cannes, dans le parc de la villa
Des miroirs plantés dans les cannes, dans le parc. Photo : Denis Kataev

Une machine à remonter le temps

C’est un musée en constante évolution. Il y a un jardin de sculptures aux herbes d’absinthe et de Coca-Cola, un taureau médiéval avec des provisions du passé autour du cou, un tourbillon tendu vers l’avenir, un labyrinthe où disparaître à jamais au milieu des bambous. Une véritable machine à remonter le temps. Il y eut ici une maison de campagne au milieu des vignes et des pins, aperçue dans Pierrot le Fou de Godard. Puis l’ingénieur Henri Vidal fit de la ferme une villa, avant que le collectionneur Édouard Carmignac n’en fasse un écrin pour sa collection d’art contemporain. Aujourd’hui, les commissaires y créent un prodige auquel il suffit de croire.

La France a tout ce qu’il faut pour vivre éternellement, il y en aura pour tout le monde. Quant à moi, il me suffit désormais de cette île et de ce musée. Pour la vie.

À l’entrée, on sert des tisanes à base des herbes qui poussent sur place. Comme si c’était fait exprès pour que tout paraisse ensuite un mirage, une illusion, une invention, et qu’en réalité, rien de tout cela n’existe. Parce que seuls les dieux en sont capables.

Installation aux nénuphars noirs, sous le plafond de verre
Installation aux nénuphars noirs, sous le plafond de verre. Photo : Denis Kataev
Denis Kataev
Denis Kataev
Fondateur du Pont Neuf
Noir sur blanc

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